Je le vois

Je sais ce que ressent cette fille à ce moment précis, je connais son désir, le seul qui est en elle : que sa mère déguerpisse et qu’elle reprenne le train en sens inverse.

Annie Ernaux, Mémoire de fille

Je le vois, lui, premier jour de collège français, sa grand-mère l’a pris en 4×4 Toyota grise avec une roue de secours à l’arrière et une plaque d’immatriculation rouge car c’est une voiture qui vient de Chine, il est assis du côté droit à l’arrière, la voiture s’approche du collège et il a l’intention de ne pas y aller, une fois arrivé devant le collège sa grand-mère lui dit de descendre mais il n’a pas envie, sa grand mère insiste et il commence à pleurer, je pense qu’il avait peur…

Il ne sait pas pourquoi mais il ressent vraiment beaucoup de peur, la grand-mère appelle le père qui se met à s’énerver au téléphone, il commence à avoir de plus en plus peur, la peur le hante tellement qu’il ferme les yeux pour essayer de partir loin, très loin. Il a l’impression que personne ne peut le voir, qu’il est seul.

Une surveillante arrive vers la voiture et essaye de lui parler, mais il ne veut pas bouger. Il se met à genoux en bas du siège et continue à pleurer les yeux fermés, il a envie de ne rien entendre et de ne rien voir, il ne veut se rappeler de rien.

Environ vingt minutes sont passées et il commence à ne plus rien dire, sa grand mère décide de partir en voiture, et après deux minutes de trajet en sens inverse, il est soulagé et il accepte de regarder.

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